NY - 170926
9:35 - 15:57

Maquette
Format : 240 x 280 cm
590 pages

Papier : Fedrigoni Arcoprint Milk 1,7 80 g pour les pages intérieures,
Symbol Card 210 g pour la couverture

Le 26 septembre 2017, je positionne un appareil photographique reflex numérique sur le trottoir face au 666 3rd Avenue à Manhattan, entre le café Joe & the Juice et le magasin de plats à emporter Eatsa.

L’appareil, sur trépied, est orienté parallèlement à la façade et vise, à environ 5 mètres, la colonne en acier brossé qui sépare les deux établissements.  Celle-ci se présente sous la forme d’un polygone dont chaque facette mesure environ 10 cm de largeur. Les réflexions multidirectionnelles provoquées par ce fragment d’architecture varient au gré de l’évolution du soleil et de l’activité alentour. Les éclats colorés diffusés par ces surfaces changent au rythme des mouvements de la rue et interagissent avec les corps.

Je règle la mise au point sur une distance moyenne puis avec un déclencheur à télécommande, entre 9h35 et 15h57, je prends 17 028 photographies pendant 6h 21mn continues de prises de vues. Plusieurs règles de déclenchement émergent dans cette durée. Je joue sur le « vide » (photographier seulement la colonne) et le « plein » (saisir les passants qui traversent le champ) en organisant l’alternance selon des règles mathématiques.

Le quartier d’affaires où sont réalisées les photographies, à proximité immédiate de la gare Grand Central, connaît une intense activité durant la journée qui fluctue au rythme des horaires de bureau. Les figures humaines captées sont nombreuses et on pourrait être tentés de projeter un regard anthropologique sur ces corps qui traversent le champ du cadre. Néanmoins, dans le séquencement adopté, l’arrière-plan domine, à la fois par sa présence tangible, et aussi par les variations lumineuses liées au passage du temps et des corps. Ainsi, du volume des images émerge une tension entre la figure et le fond, entre réalité et abstraction, qui sème le trouble sur ce qui nous est donné à voir ou à expérimenter.

L’ouvrage est d’abord un objet, à la fois volumineux et souple. Son volume répond à un imposant corpus d’images exclusivement réalisé pour ce mode de présentation : aucune image ne se distingue de l’ensemble, et la totalité des photographies est difficilement appréhendée du fait de la masse.

Afin d’inciter chez le regardeur la sensation d’être confronté à un objet, le titre a été escamoté sous le rabat de la première de couverture. Mais l’absence immédiate de signes typographiques, en évitant de marquer un « début », vise aussi à inscrire dans le livre un mouvement perpétuel, sans début ni fin. Dans le même temps, la souplesse de l’ouvrage, en privilégiant le feuilletage plutôt que le parcours page à page, en plongeant celui qui manipule l’objet dans un flux d’images qui filent, s’écoulent, et échappent, révèle une fluidité qui accentue l’expérience du mouvement.

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On September 26, 2017, I positioned a digital reflex camera on the sidewalk alongside 666 3rd Avenue in Manhattan, between the Joe & the Juice café and the Eatsa food takeaway.

I stood the camera on a tripod, angled it parallel to the façade and focused it 5 meters away, on the brushed steel pillar that separates the two businesses. The pillar is polygonal, with each of its facets 10 cm wide. The multidirectional reflections that appear on this fragment of architecture vary with the position of the sun and surrounding activity. The colored glints that bounce off the surfaces change according to the patterns in the street’s movements and interact with the figures of the passers-by.

I adjusted the focus to a medium range and used a remote shutter to take 17,028 photographs from 9:35 to 15:57, for 6 hours and 21 minutes continuously. Several shooting rules arose from this lapse of time. I played on the aspects of “emptiness” (by photographing only the pillar) and “fullness” (capturing the passers-by that walked through the field of the camera) by alternating them according to mathematical principles.

The business district in which I took the photographs is located near Grand Central Station and experiences intense peaks of activity during the day, fluctuating with working hours. Many human figures are captured in the process, and because of this, one might be tempted to cast an anthropological outlook on them as they pass through the field of the camera. However, the chosen sequence of shots gives prominence to the background, both through its tangible presence and through the luminous variations it experiences as time and people go by. In this sense, what emerges from the volume of pictures is a tension between the figures and the backdrop, between reality and abstraction, thus sowing confusion as to what we are given to see or experience.

The book is first and foremost intended as an object, both bulky and flexible. Its volume is consequent on the extensive body of images exclusively created for this mode of presentation: no single picture stands out from the whole, and it is hard to apprehend the entirety of the photographs because of the sheer number of them. In order to encourage the public’s feeling that they are looking at an object rather than a book, the title has been hidden under the flap of the front cover. 
However, while the absence of any obvious typography may avoid finding a “start” to the book, it also aims at imparting it with a sense of perpetual movement, free from any beginning or end. In addition to this, the flexible texture of the book encourages users to flip through it rather than turn one page at a time, immersing them in a flow of images – slipping by, flowing by, escaping –, thus bringing out a fluidity that accentuates the experience of movement.