Effet de seuil

2013-2015
formats variables

 

Effet de seuil[1] est le titre d’une série d’images composée, à ce jour, d’une quinzaine  d’œuvres. Ces photographies ont été réalisées lors de déambulations urbaines, avec du matériel léger 24x36 qui facilite la flânerie.Si dans mon mode opératoire j’emprunte à la photographie de rue, dans ce contexte précis j’agis exclusivement autour de ces espaces intermédiaires qui séparent l’espace public de lieux privatifs. Entre ces deux milieux, au contact des baies vitrées qui marquent physiquement la frontière, des lisières forment des transitions douces par des mises en scène de paysages artificiels. Quant aux surfaces de verre, au gré de l’évolution de la lumière, elles sont le théâtre de jeux de transparences et de réflexions qui favorisent ou empêchent la traversée du regard.

J’adopte un point de vue qui joue avec l’extrême rapprochement afin de susciter une perte de repères. L’intelligibilité des photographies est systématiquement troublée par les traces, les dépôts qui oblitèrent la transparence ou par des effets d’optique qui interfèrent avec l’objet photographié.

Ainsi, l’effet de seuil pourrait désigner ici cet état particulier où l’image bascule de la figuration vers l’abstraction. J’en explore les limites par un double jeu avec les surfaces réfléchissantes, celles du verre architectural photographié ou celles des verres de l’encadrement.

Avec Effet de seuil, l’objet-image est progressivement devenu un dispositif optique. En effet, dans l’ensemble de ce travail un jeu s’opère avec les qualités réfléchissantes du verre de l’encadrement qui va mener jusqu’à la disparition de la photographie.
Dans une recherche de littéralité, les photographies de surfaces vitrées sont contrecollées sous verre, pour ce qui concerne les autres, elles sont présentées derrière un verre architectural semi-réfléchissant. Le regardeur est ainsi confronté à sa propre image qui se superpose à la photographie derrière la vitre, la pénétration du regard est sans cesse perturbée par les reflets extérieurs. Celui qui veut appréhender l’image doit jouer avec son ombre pour voir derrière la vitre, et il n’en percevra jamais que des fragments. Enfin, dans une dernière œuvre, la photographie a disparu, remplacée par un miroir, l’image n’est plus qu’un jeu de projections et de reflets superposés.

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[1] En sciences, l’effet de seuil désigne l'apparition d'un phénomène dès lors qu'une valeur donnée (ou valeur de seuil) est atteinte ou franchie par une variable ou plusieurs variables combinées. En photographie, l’effet de seuil est ce moment précis où, par l’effet de la lumière, se forme l’image latente sur une surface sensible. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_seuil)

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Effet de seuil[1] is the title of a series of pictures that includes ten or so pieces to this day. These photographs were taken during urban wanderings – a freedom of movement facilitated by the use of light 24x36 equipment. Although my method borrows from street photography, in this precise context I exclusively deal with the transitional spaces that separate public space from private places. Upon contact with the plate glass windows that mark the physical boundary between these two worlds, borders form soft transitions that produce artificial landscapes. With the shifting of light, glass surfaces become the scene of transparency effects and reflections that help or prevent the eye from seeing through.

I have chosen a point of view that plays on extreme closeness in order to produce a disorientating effect. The intelligibility of the photographs is systematically clouded by the traces and deposits that obliterate the transparency of the surfaces, or by the optical effects that interfere with the photographed object.

Therefore, in this case, the threshold effect could refer to this particular state during which the image shifts from figuration to abstraction. I explore its limits through a double play on reflective surfaces, whether those of the photographed architectural glass or of the framing glass.

With Effet de seuil, the object-image has slowly become an optical system. Throughout the series there is a play on the reflective qualities of the framing glass, which gradually leads to the photograph disappearing. In my search for literality, the photographs of glass surfaces are in turn laminated under glass. As for the other photographs, they are presented behind semi-reflective architectural glass. The viewer thus faces his own image reflected over the framed photograph, and the penetration of the eye is constantly disturbed by external reflections. One must play with one’s shadow to properly see the photograph behind glass, and even then one can only glimpse fragments of it. Finally, in one last piece, the photograph disappears completely, replaced by a mirror, and the image becomes nothing but an interplay of projections and layered reflections.

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[1] In science, the “threshold effect” refers to the appearance of a phenomenon when a given value (or threshold value) is reached or surpassed by one or several combined variables. In photography, the threshold effect is the precise moment when a latent image forms on a sensitive surface as it is exposed to light.

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