L’air ou l’optique

Paris, 2011-2012
Tirages lambda, contrecollés sous diassec brillant 4 mm,
châssis aluminium affleurant
formats variables

 

« Voir est complexe » Bridget Riley

Cet ensemble d’images a été élaboré à partir de photographies de fenêtres prises dans les architectures de verre des zones de bureaux. Des fenêtres en façade ont  été photographiées afin de prélever les variations de la lumière sur les surfaces du verre. Les photographies sont prises depuis l’espace de la rue avec du matériel léger facilitant la flânerie. L’emploi du téléobjectif  permet d’abolir les distances  et d’être au plus près des fenêtres en tant qu’unités.

Les images sont sans profondeur, sans effet de clair obscur ; le rapport extérieur/intérieur est impossible. Les quelques éléments qui parfois se devinent derrière la vitre, comme les rideaux ou les plafonniers, apparaissent comme écrasés derrière la surface du verre du fait de l’aplatissement optique provoqué  par la longue focale ; ces objets sont ramenés, tels des formes abstraites, vers la mince surface de l’image. Selon la qualité de la lumière ou les variations climatiques, l’image peut renvoyer à l’opacité monochrome de la surface colorée du verre et à sa texture propre : rayures, coulures, salissures. Parfois, des fragments de ciel, des nuages donnent à voir un ailleurs. Mais l’interférence du verre s’impose toujours soit par les traces qui entachent sa surface, soit par la déformation optique provoquée par la réflexion  du verre.

Les dimensions ainsi que les relations homothétiques des images entre elles sont déterminées à la fois par l’effet de distance aux  objets photographiés et par les tassements perspectifs provoqués par la focale de prise de vue : le rendu dans la représentation du « sujet » est toujours assujetti à un déterminisme optique. Le format modeste des tirages (pouvant varier entre 20 x 30 cm et 40 x 55 cm) incite celui qui regarde  à se rapprocher et à expérimenter une intimité avec l’image.  De loin le spectateur perçoit des abstractions, des monochromes, des textures ; de près, il découvre dans l’image la présence de traces et de poussières. L’image ne se donne jamais à voir dans l’immédiateté. Celle-ci incite à faire une expérience de la distance qui fait écho à la relation à l’objet photographié induit par l’instrument de vision. Le mode d’encadrement reproduit la sensation de la surface du verre, mais ce surcroît de réalité ne renvoie pas à des objets qui puissent être reconnus, identifiés, nommés, indexés, elle ouvre plutôt l’accès à la matérialité de l’image, à sa surface comme à sa dimension optique.

Ces images exemptes de narration installent le doute quant à ce qu’elles sont et ce qu’elles donnent à voir. L’image se fait autoréflexive et la relation à celle-ci s’affirme comme une expérience visuelle qui permet de convoquer « ce frisson de plaisir que nous procure la vue ».

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This series of pictures was created using photographs of windows taken in the glass architectures of office building districts. Front windows were photographed so as to capture the light variations on the glass surfaces. The photographs are taken from the street using lightweight material, thus favouring greater freedom of movement. The use of a telephoto lens abolishes distances and makes it easier to get as close as possible to the window units.

The pictures are depthless, with no contrasting effect and no distinction between outside and inside. The few elements that can sometimes be made out behind the windows, such as curtains or ceiling lights, seem flattened behind the glass surface due to the optical distortion caused by the long focal length. Like abstract shapes, these objects are pulled toward the thin surface of the image. Depending on the quality of the light or the climatic variations, the image may reference the monochromatic opacity of the coloured surface and specific texture of the glass – scratches, streaks, and dirt marks. Sometimes, fragments of sky and clouds give a glimpse of other horizons. But the glass always interferes, either because of the traces that mottle its surface or because of the optical distortion caused by the reflection of the glass.

The dimensions and homothetic relationships between the images are determined both by the distance from the photographed objects and by the perspective compression caused by the lens: the rendering of how the “subject” is represented is always dependent on optical determinism. The small formats of the prints – between 20 x 30 cm and 40 x 55 cm – prompt the viewer to get closer and experience intimacy with the image. From a distance one perceives abstractions, monochromes, textures; from closer up, one discovers the presence of specks and dust. The image never reveals itself in its immediacy. Instead, it encourages us to experience distance in that it echoes the relationship to the photographed object as induced by the instrument of vision. The choice of framing reproduces the sensation of the glass surface, but this addition of reality does not refer to objects that can be recognised, identified, named or indexed. Instead, it opens up to the materiality, surface, and optical dimension of the image.

These narration-free images raise doubt as to what they are and represent. The image becomes self-reflexive and our relationship to it asserts itself as a visual experience that enables us to summon the “feeling of pleasure we get from seeing”.